LE RENARD JAUNE – Les dix petits aigres

Écrit par Quentin Didier

C’est un quiproquo (ô combien chanceux finalement) qui m’a fait aller voir ce film de Jean Pierre Mocky. Inconscient et avec une grande âme d’enfant, me voilà embarquer dans ce que je pensais être un dessin animé mettant en scène un renard qui enquête (et puis quoi encore !) un peu comme à la sauce « Canardo ». Quelle ne fut pas ma surprise de constater que malgré les couleurs flamboyantes du quartier et du bar restaurant, le temps risquerait d’être très très maussade pour moi. D’autant plus avec une scène d’ouverture assez mauvaise, mettant en scène l’arrivée de Charles Senac (Richard Bohringer saoul au quatrième degré et dans un état tertiaire si ça pouvait se dire !) écrivain et client (dans ce film,  on dirait un métier !) dans ce fameux établissement, le « renard jaune ». Une scène digne des plus grands navets, où l’exagération à l’outrance n’a que d’égale la pauvreté du texte si t’en est que texte il y est. Bref, on est loin d’être scotché, un comble pour un film qui parle de … scotchs !  N’ayant vu aucun Mocky et étant toujours stoppé dans l’élan de par sa réputation plus que sulfureuse, il m’aura effectivement bien fallu une pure coïncidence pour me retrouver en plein milieu de ce film qui nous narre la disparition tragique de cet écrivain que tout le monde aurait bien voulu tuer de sa propre main (moins aussi pour le coup). Pas facile alors pour la police (c’est un grand mot !) de découvrir l’identité du tueur, d’autant plus avec un inspecteur qui n’a que d’intellectuel son nom (Giraud, une référence au poète ?) au profit des plaisirs de la vie.

 La mise en place des personnages est rapide, le casting est bon, mais alors quel sentiment étrange de se retrouver en plein milieu d’une émission des « grosses têtes » où chacun joue un rôle désespérément loufoque (je soupçonne que Mocky ne connait pas l’astuce de l’eau pour remplacer le rhum !).  Où est la sœurtherese.com (ou.fr !) notre bonne sœur à tous ?, où est cet Antoine Duléry, le père de substitution pour beaucoup de filles qui adoreraient le serrer dans leur bras comme un gros nounours ? Que vient faire le sosie de Mado la niçoise derrière un comptoir ? Pourquoi nous infliger Philipe Chevalier dont la tête ne cesse de nous faire penser à la Matmut ( oui, je sais elle assure !). Le clou du spectacle réside en la personne de Michael Lonsdale qui nous arbore un magnifique cheveu sur la langue. Et puis quoi z’encore ! Je ne parlerais pas de Béatrice Dalle, d’une mocheté révoltante, mais ça, ça n’a jamais changé donc ce n’est pas très déroutant. Mais c’est tout un univers que « Le Renard Jaune » nous propose de découvrir, un univers Mocky qu’il est très difficile d’accepter quand on est novice. Mes yeux quittèrent ainsi progressivement l’écran pour pointer sur cette luminosité verte du nom de « sortie », synonyme d’espoir.

Mais une fois imprégné de cette ambiance (on ne pourra pas lui reprocher d’en avoir une, ca c’est sûr !) quelque chose, de l’ordre du miracle agit sur nous et nous fait esquisser un sourire. Presque comme un plaisir coupable, on apprécie…  On apprécie regarder cette brochette de gens qui n’ont rien d’autre à faire que squatter le bistrot toute la journée, on apprécie ce policier qui fait du surplace dans l’enquête, on apprécie ses petits intrigues secondaires … bref on déguste. Les personnages si détestables deviennent désormais uniques, attachant (Michael Lonsdale véritable bisounours est exceptionnel !). A ce niveau là, on peut dire que c’est du beau travail !

L’arrivé du meurtre assez tôt nous plonge dans une enquête quasi théâtrale purement et simplement sympathique et que dire de la B.O. de Vladimir Cosma (« La chèvre », « La Boum » et j’en passe et des meilleurs) qui montre que malgré ses 73 balais, il n’a pas perdu la main.  On rit, on tremble, on absorbe le film miette par miette, nous estimant chanceux de pouvoir assister à une pièce de théâtre sans avoir déboursé 50 euros.  Nous estimant également chanceux d’avoir ses bêtes de scènes derrière un écran et non en face !

On appréciera également plus ou moins la venue des rôles secondaires.  François Bertin, qui joue un peu trop bien la mémé tremblante (plus !) et de notre François Viette alias Ducobu 2, qui porte ici toujours son bonnet de cancre en nous montrant qu’il ferait mieux de repasser par la case « cour Florent »  (moins, vous l’aurez compris !).

Il ne faut pas se le cacher, à la réalisation Jean Pierre Mocky est loin de faire des merveilles. Tourné en une semaine seulement, le film ne peut être au top, mais diront que ses maladresses accentuent le côté brute des personnages, de la situation….

On peut aimer, on peut détester, « Le Renard Jaune » comme tous les Mocky ne fera pas l’unanimité mais a au moins le mérite de proposer une histoire construite, une formidable ambiance et une fin plutôt réussie. Garçon, j’en reprendrais bien un !

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LE RENARD JAUNE (3.25/5)  –  Réalisé par Jean Pierre Mocky – Sortie le 26 Juin 2013

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Filed under Juin 2013

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