JULIETTE – La débilité a désormais un prénom

Écrit par Quentin Didier

Naïvement et les yeux écarquillés par une bande annonce-clip spasmodique, je cours  voir ce premier film de Pierre Godeau  en m’y jetant à corps perdu (je découvrirais à peine un quart d’heure plus tard, que ce sera valable dans les deux sens du terme).  « Juliette » est difficilement résumable, non pas comme un David Lynch, mais plus comme un Malick. Allociné doit d’ailleurs se contenter d’une ligne, c’est pour dire.  En fait, il ne se passe rien … on s’en fiche en somme.  Si encore le film s’arrêtait sur ses quelques points… Pire, il frise parfois (je suis trop gentil) le ridicule, parfois l’incompréhension, parfois la consternation.

Essayons quand même de résumer ce « Juliette » (la difficulté étant telle que je ne serais pas surpris qu’il tombe comme sujet de philo l’année prochaine !). Juliette à 25 ans, sans emploi (elle n’en cherche pas non plus faut dire !) et vit d’amour et d’eau fraîche au rythme d’une ado attardée. Pas étonnant qu’avec un CV comme ça, personne ne veuille d’elle. Car le premier (d’une longue liste) problème du film réside en ce personnage de Juliette. Elle a tout de détestable. Certain film marche sur cette logique, ce n’est pas ce qui est toujours problématique. Mais là, l’enjeu du film, c’est quand même de nous prendre de passion pour cette pauvre Juliette. Et désolé d’avance pour elle (ça ne vas pas arranger sa misérable vie ça !), au bout de quatre minutes, on a déjà envie de la claquer. La Juliette fraîche, fragile, mélancolique de l’affiche du film n’est qu’un leurre.  80 minutes à regarder une fille immature, immonde, qui joue avec les hommes, qui fume, qui boit, qui a deux habits dans sa garde robe, c’est loin d’être le coup de foudre pour ma part. Le film joue la carte du « générationnel ». Soit ! Mais pas sûr que beaucoup se reconnaisse en cette héroïne, en ses situations (qui, à 25 ans joue encore à « 1,2,3 soleil » ? ) Au milieu de tout cela, Astrid Berges Frisbey se noie littéralement. Oublier la révélation de « la fille du puisatier ». Même un Nicolas Duvauchelle bourré n’aurait pas voulu d’elle. Ou est passé son talent ? M’enfin ceci dit, on a vu pire … Car oui, telle une boutique, « Juliette » nous offre un palmarès d’acteurs en décomposition (ca peut se comprendre vu que le tournage n’a pas du être des plus drôle !). Manu Payet est tout juste passable dans sa seule réplique, et que dire de Yannick Landrein, dont je prévois déjà le futur rôle pour le retour de « Sauvé par le gong ». Seul Elodie Bouchez s’en sort, donc du coup, comme ça fait tache dans le décor, on ne lui met pas trop de scène (faudrait pas trop qu’elle pique la vedette  non plus!). Alors, comme tout bon film qui se respecte, on sort l’arme imparable pour combler les faiblesses d’acting : le nu ! Ouaiis… mais non !

Avec « Juliette », l’on a plus que l’impression d’assister à un film d’étudiant expérimentalement raté et interminable (pourquoi les films les plus longs sont-ils toujours les plus courts ? ça sent encore la philo ça …). Le dialogue frise le ridicule. Alors imaginez-vous bien qu’avec le jeu des acteurs par-dessus, l’ensemble est particulièrement affreux. On se prend même à imaginer Pierre Godeau rajouter des rires genre sitcom à quelques passages du film, tant la pauvreté du texte est navrante (« la baignoire est plus grande ? Nan c’est toi qui a grandi » AHAHAHAHAHA, « mon père va souvent à l’église ! Ah bon, je croyais qu’il était juif » AHAHAHAHAHA).

On ne reprochera pas à Pierre Godeau d’oser un peu de l’expérimental. Mais à ce niveau là, soit on le fait à fond, soit on ne le fait pas du tout ! Hormis un seul, les montages alternés sont dénués de sens, les profondeurs de champs sont tout bonnement mauvaises et la pseudo histoire romanesque en carton (dans tous les sens du terme) est lamentable même si elle a le mérite de nous faire voir le bout du tunnel.

Beaucoup acclamerons la BO,  pas moi ! (« Truth » d’Alexander,  « Miss You » des Tremtmoller entre autre) A écouter dans le métro pourquoi pas, ou ailleurs même, mais pas dans ce film pitié. Elle amplifie plus que jamais sa profonde monotonie, notre endormissement progressif.  Seul l’élancé « Too insistent » de The Do passe, mais même pas jusqu’au bout. Car Pierre Godeau ne prend jamais parti entre faire un film dramatique et faire un film  d’auteur qui se lâche. À quoi ça sert de mettre une musique rythmée sur un plan de 30 sec pas terrible qui plus est ?  Le réalisateur, également conseillé musical (sur le film de son cher papa « 11.6 ») devrait revoir ses classiques.

Que dire  de plus ! Tellement … Pourquoi cette histoire ? Un souvenir (euh plutôt traumatisme) d’enfance ?   Avec plus de poésie, plus de maîtrise déjà à l’écriture, l’on aurait pu assister à un film beaucoup plus intéressant et surtout avec moins de clichés. La scène finale suffisant à nous faire perdre les quelques forces qu’il nous restait (m’enfin je vous rassure on en trouve largement pour quitter la salle en courant).

Rassurons nous quand même comme on peut. Pierre Godeau ne devrait pas passer le cap du second film tant les critiques et le box office risqueront de faire plouf (en même temps, c’est l’été ! Raison de plus pour ne pas rester enfermé voir un navet).

Juliette : Photo Astrid Berges-Frisbey

JULIETTE (0.75/5) – Réalisé par Pierre Godeau – Sortie le 17 Juillet 2013

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Un commentaire

Filed under Juillet 2013

One response to “JULIETTE – La débilité a désormais un prénom

  1. À savoir qu’il déjà en tête de mon FLOP! Une vraie purge! (Werner)

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