LE GRAND MECHANT LOUP – Un bon tour de cochon

Écrit par Quentin Didier

« Le Grand Méchant Loup » c’est d’abord un remake d’un film canadien de Patrick Huard en 2008, qui lui-même se base sur un film Disney sortie en 1933 qui lui-même est l’adaptation d’un conte traditionnel européen du 18e siècle.  Vous avez suivi ? (et encore je vous en ai épargné la moitié !).

N’ayant pas peur de se reprendre une veste (nous avions assisté 5 ans plus tôt impuissant à l’inclassable « personne aux deux personnes »), le duo formé par Nicolas Charlet et Bruno Lavaine reprend du service pour le meilleur (que l’on cherche encore) et pour le pire. Abordant encore une fois cette année la thématique de la crise de la quarantaine /cinquantaine (« Les Gamins », « 12 Ans D’Âge »), ce film se rapprochera plus du « prend la porte » que du porte drapeau.

Henri, Philipe et Louis, alias Riri, Fifi et Loulou, sont trois frères. Bien installés dans la quarantaine ou à son approche, chacun vit à son rythme sa petite routine composée d’une femme et optionnellement d’enfants.  Leur mère venant d’avoir un accident, chacun va remettre sa vie en question, cassant cette barrière charnelle des plaisirs de la chair qu’ils s’étaient jusqu’alors interdit de franchir.

Bien qu’étant un remake, l’idée de base est assez originale, tout comme sa construction. Qualifier les femmes de grand méchant loup en fera jouir plus d’un. L’on assiste ainsi au travers de trois portraits successifs à la tentation de l’adultère pour chacun et plus si affinités. Les histoires se déroulant certes dans un même espace temps, leur avancée n’est pas similaire.  Ce qui permet, comme dans le conte original d’avoir un cochon qui se fait virer de chez lui et qui par sonner à la porte d’un autre et ainsi de suite, emmenant avec lui suffisant d’hormones pour que son frère subisse le même sort.  Mais la narration présente assez vite ses faiblesses. Deux gros défauts à déplorer. Le  cochon numéro 1 interprété par Benoit Poelvoorde (dit comme ça, ça fait bizarre) semble être suffisamment égoïste pour étaler son histoire sur la moitié du film. Kad Mérad et Fred Testot n’ont plus qu’à se partager les miettes, qui plus est au moment où le spectateur  a déjà perdu tout intérêt pour le film (pas facile la vie entre frères !).  Deuxième chose. L’idée de se faire passer les trois histoires en un même temps (mais pas dans le montage du film) rappelle beaucoup d’autres films surtout à suspense. Mais voilà, à part de très rares occasions, « Le grand méchant loup » n’use pas de raccords, ce qui nous permet d’enlever le mot « astucieux » des caractéristiques du film (encore un de moins).

Le Grand méchant loup : Affiche Charlotte Le Bon

Pour rentrer plus globalement dans le film, il faut faire comme en cuisine : séparer les blancs des jaunes, c’est-à-dire, voir le cas de ses trois petits cochons un part un. Benoit Poelvoorde, le cochon vivant dans une cabane en bois, doit faire face à la rencontre d’une jeune fille de 27 ans. Il l’a rencontre lors d’un tournage sur son lieu de travail, à savoir le château de Versailles, pour une pub … de jambon. On ne sait pas trop ce qu’elle cherche (un amour sexuel paternel ? elle aime le vintage ?)  , lui ne peut résister à sa jeunesse, ils se dévoilent de plus en plus, jusqu’à ne plus rien se cacher…  dans tous les sens du terme.

Comme dit plus haut, il y a un véritable déséquilibre avec cette première histoire, puisque le film lui consacre quasiment une heure de son temps. Ce n’est pas forcément grave puisque c’est la meilleure histoire, Poelvoorde et Charlotte Le Bon étant au top. Mais voilà, à part assister à une énième histoire d’adultère, on s’ennui. C’est divertissant, mais ça n’est jamais vraiment drôle (la froideur naturelle de Valérie Donzelli y est peut être pour quelque chose).

On s’ennui encore plus quand on comprend (on pensait y échapper !) que chacun va avoir le droit  sa petite histoire d’adultère, ce qui n’est absolument pas crédible du tout au passage (et risquerait de donner des idées aux plus spectateurs les plus en manque : « et si je tuais ma mère, comme ça j’aurais un adultère »). Fred Testot, le cochon vivant dans une maison de paille doit faire face à la venue de Lai dans sa salle de judo. Une jeune asiatique avec qui il pratiquera le corps à corps…. Dans tous les sens du terme. L’histoire, plus courte est un peu plus drôle. Léa Drucker y étant surement pour quelque chose. Mais ça frise parfois le ridicule (on pensera notamment à la scène qui prépare leur première relation sexuelle). Fred Testot est toujours bon, sans jamais tomber dans l’exagération contrairement à la plupart de ses autres rôles.

Image

Enfin, Kad Mérad, le cochon vivant dans une maison bien solide doit faire face à une intrigue qui l’est beaucoup moins, ce qui n’est absolument pas étonnant.  Plus courte, plus ridicule, frôlant le mauvais gout et absolument pas glamour. Kad est assez mauvais (à moins que ce soit la bourgeoisie qui lui va si mal) dans ce rôle de père de famille qui voit resurgir dans sa vie la belle Eléonore (Christiana Reali).  Il s’en serait bien passé, nous aussi ! Je pense que Nicolas et Bruno avait anticipé le fait que le public partirait avant les vingt dernières minutes du film. De ce fait, ils ne se sont pas cassé la tête, usant des clichés les plus navrants.

Pour son final, « Le grand méchant loup » se noie dans un éloge de sentiment bon marché au travers d’un plan séquence (nous rappelant le final de la saison 7 de Desperate Housewives ! Une façon de nous montrer que même si l’accent à toujours été mis sur leur mari, les femmes souffrent aussi ? euh … je pense pas, trop de réflexion pour) qui évite de trop perdre de temps au dénouement et qui nous confirme que ce film ne sert à rien, si ce n’est continuer à préserver le mythe du méchant loup qui fait toujours peur.

Le Grand Méchant Loup : Photo

LE GRAND MÉCHANT LOUP ( 1,25/5 ) Réalisé par Nicolas Charlet et Bruno Lavaine – Sortie le 10 Juillet 2013

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