MARIUS / FANNY – Elle est pas belle la vie !

Écrit par Quentin Didier

« Marius » et « Fanny » c’est une histoire d’amour. Une histoire d’amour entre un fils de tenancier et une fille de poissonnière, dont l’avenir semble tout droit tracé. Mais c’est aussi une déclaration d’amour de Daniel Auteuil à Marcel Pagnol…. dont ce dernier aurait probablement accepté la demande s’il était encore dans notre monde…. mais dont l’âme plane sans cesse autour de ces œuvres réadaptées. Tout a commencé en 2011, où abruptement, Daniel Auteuil adapte « La fille du puisatier ». Un pari pour ma part particulièrement réussi et à en croire le box office (1.3 millions d’entrées) largement plébiscité par un public  heureux de se sentir plongé en plein mois d‘Avril au cœur des stridulements des cigales, des images dignes des plus beaux tableaux de Monet et d’une B.O. absolument orgasmique. C’est ainsi que 2 ans plus tard, presque même lieu, même date et même équipe, nous retrouvons l’adaptation de la fameuse trilogie marseillaise avec ces deux premiers volets (nous aurions bien ouvert le troisième avec … mais il fait chaud dans le Sud, que voulez vous…).

MARIUS : « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme » La gorge sèche, le cœur palpitant, la pub agaçant, ce qui s’annonçait comme l’un des événements de Juillet en matière de cinéma a de quoi rendre nerveux les puristes. Je vous rassure, le stress ne sera que de très courte durée. Il ne suffira que de deux minutes pour relâcher ses épaules tendues, ses ongles rongés… Comme ce fut le cas avec « La Fille Du Puisatier », l’ouverture fonctionne à merveille, portée par une B.O. d’Alexandre Desplat lumineuse. Commence ainsi, le début d’un long voyage sur le vieux port de Marseille divinement mémorable…

L’histoire est en sois même très basique.  Marius est depuis son enfance, amoureux de Fanny mais lui a toujours caché (contrairement à elle). Un jour, Fanny est promise à Monsieur Panisse, maître voilier, dont l’argent n’a que d’égal sa solitude. Elle décide de l’épouser pour faire réveiller les sentiments enfouis de Marius… Rien d’extraordinaire donc, si ce n’est une ambiguïté palpable des sentiments et une sérieuse envie de secouer tel un Orangina ce pauvre Marius qui doit décidément avoir deux personnes dans sa tête. Mais tout le génie de Pagnol, et très bien repris par Auteuil réside dans ses dialogues, tout simplement extraordinaire. C’est dans ses moments là qu’on se rend compte que notre monde est en perdition (la ruée des blockbusters sur ce thème en est un fait !). Daniel Auteuil n’a pas choisi de faire un remake des films de Pagnol et on lui en est plus que reconnaissant. Imaginez l’histoire transposée à notre époque, avec des dialogues sommés de blagues potaches, des personnages clichéantesques, une surdose de torses nus pour attirer les foules et une avalanche de placement de produits (Puget, Coca Cola)… ça m’en fait froid dans le dos (un comble pour un film  dont l’action se passe dans le Sud). Vous l’aurez compris, les dialogues sont divins. Presque comme une poésie lyrique et parfumée, on les écouterait en boucle comme les contes de nos enfance (ce n’est pas pour rien que la version Audio des films de Pagnol existe).

Marius : Affiche

La reconstitution est parfaite et l’ambiance y est tout autant.  C’est simple, certaines scènes sont très longues, mais on ne les voit pas passées, et quand bien même on s’en rend compte, on ne peut s’empêcher, comme un spectacle théâtrale de jouir de chaque geste, de chaque parole annoncée. Ajoutez à cela des acteurs (plus que) parfaits et le tour est joué. Si la plupart se servent de « Marius » comme terrain d’échauffement, ils trouvent leur apogée d’acting en « Fanny ».  Daniel Auteuil est très bon (son surmenage colle très bien au personnage), Marie Anne Chazel adopte à la perfection ce jeu qu’elle a tant perfectionnée au théâtre, Jean Pierre Daroussin est incomparable. Les acteurs secondaires, bien que parfois fragiles sont dans le ton aussi. Concernant nos deux jeunes premiers … Victoire Belezy est comment dire …bien bonne à marier. Passée pour ma part complètement inaperçu dans « Plus Belle La vie », elle a incroyablement mûrit en à peine 4 ans (on lui souhaite une longue et meilleur carrière que sa prédécesseur Astrid Berges Frisbey). Enfin (oui c’est comme aux Césars, il faut prendre le temps de remercier tout ce beau monde qui le mérite tant), Raphael Personnaz est littéralement métamorphosé et s’adapte logiquement dans ce décor… même si pour ma part j’ai une réserve à son sujet (le personnage ou l’acteur ? telle est la question…). Cependant, loin de là, « Marius » n’est pas omis de défaut malheureusement. Le vide se fait petit  à petit ressentir. On a certes toujours quelque chose à regarder, mais on se demande pourquoi diviser l’action en trois alors que visiblement l’intrigue se montre flemmarde dès le début. On regrette également l’absence de musique, on en voudrait plus (jamais rassasié ce public dis donc).

Enfin, et ce seront pour moi les trois principaux défauts du film, « Marius » n’use pas assez d’extérieur. Quelle frustration de passer une demi heure dans un bar de temps à autre qui plus est sombre alors que là , si près, nous attend un soleil de plomb, des bateaux amarrés sublimes … Les seules fois où la caméra de Daniel Auteuil prend la porte, c’est pour se retrouver coincés entre les bâtisses de la ville ou la nuit. À ce titre là, « La Fille Du Puisatier » marche ironiquement presque dans le sens inverse. Au bout du compte, le final est réussi mais mériterait peut être un peu plus de puissance, pour inciter les plus réticent à courir voir « Fanny ». Car qui ne saurait pas le faire, louperait certainement l’un des plus beaux films du mois. Là où « Marius » est comme dit plus haut une sorte d’échauffement, « Fanny » entre dans la course … pour la gagner.

Marius : Photo Raphaël Personnaz, Victoire Belezy

FANNY : « Pour un autre bout de ton corps, j’irai Fanny jusqu’à ramper » Se basant quasiment sur la même ouverture que « Marius », « Fanny » semble marcher sur la même dynamique. Et pourtant… C’est simple, tous les petits défauts du premier volet sont simplement effacés. L’intrigue multiplie les rebondissements, le tout sur une B.O. plus présente,  plus variée et dans un décor extérieur bien présents (gare aux coups de soleil !). Et que dire de ce jeu d’acteur absolument éblouissant. Marie Anne Chazel trouvant son apogée dans la scène révélant l’heureux événement de Fanny, Daniel Auteuil et Jean Pierre Darroussin trouvant le leur dans la scène concernant son avenir à l’atelier du maître voilier. Mais la palme d’or (48 carats ) revient à Victoire Belezy bien sûr. Non contente de sa plastique irréprochable, elle se permet même un jeu (l’un des meilleurs de cette année pour ma part !) magistrale, agrémenté de larmes à la verticalité parfaite.

Il y a un adage qui dit « Quand les chats ne sont pas là, les souris dansent ». Tel est le ressenti que j’ai eu avec « Fanny ». Peu inspiré par le personnage de Marius, il est ici peu présent, ce qui est une très bonne chose. C’est comme si de par sa simple présence, il venait plomber le film. Ça n’aura jamais été autant vrai que par la scène marquant son retour qui vient plomber et mettre les nerfs à rude épreuve de ses pauvres spectateurs qui ont déjà vécu suffisamment d’émotion jusque là. Mais ici, la venue de Marius marche très bien.

Fanny : Affiche

Alors résumons… il faut un équilibre entre « trop de Marius » et du « pas assez de Marius » et à ce jeu là, « Fanny » semble l’avoir pleinement trouvé. Débarquant un peu comme un OVNI dans le monde des trilogies grand public, la trilogie Marseillaise n’a pourtant rien à envier à ses robots, ses vampires et autres qui font office de blockbusters.

Emplit de sincérité, de naïveté surement et d’un beau voyage, Daniel Auteuil signe ici deux nouvelles pièces à l’édifice qu’il est en train de construire et se porte fervent client du « jamais 2 sans 3 »  Un sans faute en matière de réalisation donc… ça vaut bien le droit de s’offrir un film où il serait le protagoniste principal ! Ave Cesar !!!!

MARIUS (3/5) – FANNY (3,75/5) – Réalisé par Daniel Auteuil – Sortie le 10 Juillet 2013

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Filed under Juillet 2013

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