JE NE SUIS PAS MORT – Ozon moins !

Écrit par Quentin Didier 

« Je Ne Suis Pas Mort » c’est un peu le film qui fait peur avant même de l’avoir vu. Après un premier film assez bancal sur l’homosexualité en Tunisie, Mehdi Ben Attia revient  avec un mélange tout autant surprenant : un algérien d’origine modeste qui souhaite entrer chez les plus grands à l’Elysée et côtoyant ainsi les plus aisés.  Doté d’une BA des plus prétentieuses et d’un casting difficile (pour la populace !), on se raccroche à l’idée que « Je Ne Suis Pas Mort » a reçu le grand prix du jury au Festival premiers plans 2013 d’Angers.

Le résultat, toujours un peu bancal, nous satisfait cependant dans le sens où Mehdi Ben Attia confirme un certain talent en matière de réalisation. Par contre, le scénario est bien loin de faire l’unanimité. Une chose assez surprenante quand on sait que ce réalisateur a commencé par faire ses armes dans ce domaine justement (avec la série « H » ceci dit … mais bon !).

« Je Ne Suis Pas Mort » raconte ainsi l’entrée progressive de Yacine, un brillant étudiant de sciences po mais d’origine modeste, dans le monde aisé de la capitale (et du capital). Il va en effet se rapprocher de son professeur ainsi que de sa femme par le biais d’un simple hasard (ou pas !) pour décrocher un stage à l’Elysée. Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? (faut fouiller loin, on s’en rend plus compte en regardant le film) On se croirait presque « Dans La Maison » de François Ozon.  Mais voilà, une nuit, son professeur meurt. Yacine se rend chez lui le lendemain et prétend être habité par le corps du défunt. Magie ou véritable manipulation … mystère et boule de gomme.

Je ne suis pas mort : Affiche

Le film marche en deux parties. Une avant la mort du professeur, l’autre … après. Curieusement, bien que l’intrigue mette trois quart d’heure à commencer, cette première partie, sorte de prologue très long, est bien meilleur que ce qui suit.

La première partie s’attache surtout à présenter les protagonistes et leur rencontre. Il y a comme une sorte de magie dans tout ça. Les acteurs sont impeccables. Medhi Dehbi en tête, en fera tourner plus d’une… Dans des rôles plus compliqués, plus noires surtout, Maria de Medeiros et surtout Emmanuel Salinger excellent. On a presque envie d’oublier le pitch du film (cette transposition de corps) et suivre le parcours de Yacine dans ses amours, ses difficultés sociales, sa recherche d’un vrai emploi… Le film gagne une intensité rare avec la rencontre des  trois protagonistes, sorte de « plan à 3 mental  » absolument troublant.  Malheureusement, ce sera la seule fois où le film se permettra ce genre de bonne action. Dommage…

La seconde partie (l’absence d’Emmanuel Salinger se ferait-elle ressentir ?) souffre d’un scénario guère poussé. S’il évite (presque) les clichés  humoristiques du blanc qui se retrouve dans la peau de l’arabe, il tombe en plein dans le Hors Sujet. Je ne peux cesser de repenser encore à « Dans la Maison » qui puisait au plus profond l’âme des gens… Ici, il semblerait que cette histoire d’inversion ne serve à rien, n’amène rien ! Medhi Ben Attia aurait pu jouer la carte de la manipulation (« je fais croire que je suis le défunt pour me rapprocher de sa défunte épouse ») mais pas du tout. Non, il se contente de servir un drame social sur les difficultés d’être un Algérien dans ce pays… et encore c’est très très loin d’être poussé.

Hormis une musique scabreuse, Mehdi Ben Attia fait des merveilles à la réalisation. C’est posé… on en ressort vraiment détendu…mais frustré ! Frustré par un scénario absolument pas abouti. On nous propose une Maria de Medeiros dans un rôle en abyme (elle est actrice), jamais on se sert de cela. Les personnages secondaires, à savoir le meilleur ami du professeur et son père, tiennent les piquets du décor. A défaut de l’enjoliver… ils l’enfoncent.

Avec ce « Je Ne Suis Pas Mort », Mehdi Ben Attia cherche bizarrement plus à attirer les habitants de Neuilly sur Seine que ceux du 93. Pari réussi à en croire les gens dans la salle ! Mais pourquoi chercher à faire un film « difficile » quand on a la possibilité avec un peu plus d’émotion, de provocation, d’en faire une œuvre plus ouverte à la François Ozon (je n’en démords pas !). Tant de mystères … comme cette impression de rester sur sa fin avec ce « Je Ne Suis Pas Mort ».

Je ne suis pas mort : Photo Mehdi Dehbi

JE NE SUIS PAS MORT (2/5) – Réalisé par Mehdi Ben Attia – Sortie le 7 août 2013

Advertisements

Laisser un commentaire

Filed under Août 2013

Un avis? Une critique? C'est ici, n'hésitez pas!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

You are commenting using your Google+ account. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s