Le Géant Égoïste

Écrit par Werner Dejaeghere

Le Géant Égoïste est une libre adaptation d’un conte d’Oscar Wilde (Le Géant Égoïste, tout comme le film) et autant dire tout de suite qu’on ne ressort pas indemne du premier film de fiction de Clio Barnard (elle avait déjà réalisé The Arbor, un documentaire expérimental sur la dramaturge Andrea Dunbar), c’est terrassant d’émotions et un choc surpuissant. Film social dans la veine d’un Ken Loach (on pense très fort à Sweet Sixteen) et pour une fois qu’un film du genre ne pâtit pas de cette comparaison, on en profite. Le Géant Égoïste c’est en quelque sorte Tyrannosaur de Paddy Considine, mais avec des enfants et peut-être aussi pour les enfants (à partir de 10 ans, on peut-être touché par l’histoire).

Synopsis:

Arbor, 13 ans, et son meilleur ami Swifty habitent un quartier populaire de Bradford, au Nord de l’Angleterre. Renvoyés de l’école, les deux adolescents rencontrent Kitten, un ferrailleur du coin. Ils commencent à travailler pour lui, collectant toutes sortes de métaux usagés. Kitten organise de temps à autre des courses de chevaux clandestines. Swifty éprouve une grande tendresse pour les chevaux et a un véritable don pour les diriger, ce qui n’échappe pas au ferrailleur. Arbor, en guerre contre la terre entière, se dispute les faveurs de Kitten, en lui rapportant toujours plus de métaux, au risque de se mettre en danger. L’amitié des deux garçons saura-t-elle résister au Géant Egoïste ?

(Source: AlloCiné)

Rarement cette année on aura eu une aussi grosse claque dans la gueule (il n’y a eu que Snowpiercer, The Place Beyond The Pines et Spring Breakers qui mon fait cette effet), Le Géant Égoïste est un film qui nous prend à la gorge dès le départ et nous étrangle au fur et à mesure, car c’est un film très dur et qui jamais ne cache quoique ce soit, heureusement au bout il y a l’espoir et enfin on peut respirer. Clio Barnard signe un film qui en plus d’être très prenant et ultra-réaliste, est totalement maîtrisé. L’histoire de ces deux enfants rejetés et sans le sous nous bouleverse et nous fait aussi réfléchir sur des sujets très différents, mais aussi très important.

Le Géant égoïste : Affiche

Le scénario est très bien écrit. Radical au possible, on ne s’égare jamais ici, tout se passe et tout à des conséquences et c’est aussi la force de l’histoire ce que tout y est vrai et d’autant plus touchant. Les personnages sont bien écrit, mais surtout très beau. Ils sont décrit et mis en scène avec un grand naturel, comme si il n’y avait aucune écriture et c’est assez impressionnant. Les dialogues sont ni bien écrits, ni intelligents, ni drôles, les dialogues sont justes réels et présent. Il n’y aucune réplique forte, pas de discours en plan-séquence, que du brute et de la sincérité.

Les acteurs sont parfaits, comme dans beaucoup de film social anglais, il y a de jeunes acteurs qui sortent de nul part et qui crèvent l’écran et c’est encore une fois le cas avec Le Géant Égoïste. Conner Chapman et Shaun Thomas sont ses deux inconnus amateurs et ils sont absolument parfaits, d’une insolence et d’un naturel incroyable, ils portent le film à eux deux, Sean Gilder est très bon en homme tyrannique et tout en gueule, Rebecca Manley est toujours juste en mère qui perd ses fils peu à peu, Siobhan Finneran est bonne en mère perdu.

La mise en scène est très bonne. Il y a des effets de styles intéressant, de vrai mouvement de caméra inspiré et inventif, il y a bel et bien un vrai talent chez Clio Barnard. La photographie de Mike Eley est absolument sublime. Il y a un travail sur la lumière incroyable et réellement bluffant, on est souvent subjugué par la beauté des images, mais aussi sa force pour rendre l’environnement laid. Harry Escott (Shame de Steve McQueen, c’était lui) signe une très jolie B.O. et qui n’use pas de grosse partition pour arracher une larme.

Le Géant Égoïste n’est certainement pas un chef-d’œuvre, car les films sociaux ne le sont jamais, ils sont au maximum très bon, mais le film de Clio Barnard est celui qui s’en rapproche le plus, car en plus d’être d’une force incroyable dans sa narration et dans ce qu’il dénonce, la mise en scène enlevé et d’une incroyable maîtrise apporte enfin une réelle technique à un cinéma qui en manquait véritablement. C’est aussi la force de Le Géant Égoïste, c’est que malgré qu’il s’écarte un peu des codes du genre, il le fait en toute modestie, sans jamais perdre de son intensité. Le film de Clio Barnard est déjà inscrit dans l’histoire du cinéma britannique, car il en a toute l’intelligence et toute la puissance.

On compare forcément le premier film de Clio Barnard à du Ken Loach, car c’est le maître du genre, mais avec Le Géant Égoïste en plus de signer un des plus beau film sur l’enfance, Barnard arrive à égaler Loach et surtout à ne pas l’imiter et à créer son propre cinéma. Ce n’est certainement pas pour rien que Le Géant Égoïste fut nominé à 7 reprises et obtint une récompense (Meilleur technicien pour Amy Hubbard la directrice de casting) au British Independent Film Awards, mais aussi 3 récompenses au Festival du film britannique de Dinard dont le Hitchcock D’Or (la récompense suprême du festival).

Le Géant égoïste : Affiche

Le Géant Égoïste de Clio Barnard: 4,5/5

(sortie le 18/12/2013)

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Filed under Décembre 2013

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