12 Years A Slave

Écrit par Werner Dejaeghere

12 Years A Slave ou Twelve Years A Slave pour les moins bilingue d’entre nous c’est 7 nominations au Golden Globes (dont le Golden Globes du Meilleur film dramatique remporté) et 9 nominations au Oscar, c’est donc ce qu’on appelle communément un film « à Oscar », mais c’était sans compter sur l’intelligence de Steve McQueen pour ne jamais nous le faire ressentir. Le réalisateur de l’immense Hunger et du détestable, mais tout aussi fort Shame n’a pas perdu son talent pour mettre en scène les âmes en souffrance et le monde hostile. 12 Years A Slave nous montre avec une imparable justesse l’esclavagisme, le regard de Steve McQueen est d’une force incroyable et aussi très intelligent, car avec son troisième film ne se contente pas de dire « l’esclavage c’est mal », il n’épargne personne et contrairement à Lee Daniels et son très bon Le Majordome, McQueen montre que les blancs aussi sont victimes (indirectes) de l’esclavagisme et donc de leurs actes.

Synopsis:

Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. 
Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, est enlevé et vendu comme esclave. 
Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. 
Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie…

(Source: AlloCiné)

12 Years A Slave c’est d’une intelligence rare, mais aussi d’une grande efficacité ce que Quentin Tarantino avait raté avec Django Unchained qui était parfait, mais qui sur le sujet était primaire. Steve McQueen a enfin trouvé le ton juste pour parler aux cinéphiles et aux grands public ce qui est très appréciable, car pour la première fois chez lui on ne s’ennuie pas, même quand il prends le temps de capter l’émotion de ses personnages dans le silence le plus complet. L’histoire nous tient pas en haleine, car on connaît la fin, c’est une telle aventure humaine qu’on est pris à la gorge.  La principale qualité du film de McQueen c’est qu’il nous bouscule jamais pour le plaisir et encore mieux, 12 Years A Slave ne prends jamais son spectateur en otage émotionnellement.

Le scénario est d’un rythme impeccable et tenu à la perfection. On ne s’ennuie pas et ce de bout en bout, même le final n’est pas bâclé, il est même d’une force incroyable. Les personnages sont tous hyper écrits et très approfondis. Dès qu’on voit un nouveau personnage apparaître, il y a tout une histoire derrière, on ressent le fait qu’ils ont vécu. Mention spéciale au négrier incarné par Michael Fassbender qui est d’or et déjà un « méchant » culte. Les dialogues ne font pas pas dans les grands discours avec des mots mots tout simples, ils touchent en plein cœur et disent énormément.

Les acteurs livrent tous une interprétation exceptionnel où tous sont impliqué, ils participent tous à la réussite du film. Chiwetel Ejiofor est très bon et il obtient enfin la visibilité qu’il mérite, Michael Fassbender est parfait et est absolument terrifiant en être fou, Lupita Nyong’o est toujours juste, Sarah Paulson tout en retenue est sidérante de naturelle, Benedict Cumberbatch en anglais glacial est exceptionnel, Paul Dano fait du « Paul Dano » et c’est toujours aussi fort, Brad Pitt est bon, mais a encore un peu de mal à le voir dans des films au penchant auteuristes.

La mise en scène est très simple, mais d’une maîtrise incroyable. Il y a pas de grand mouvement de caméra scorsesien ou des zooms spielbergien immersif, McQueen filme avec ses tripes et nous immerge dans un monde hostile dont on est spectateur impuissant et dont on doit subir l’horreur, c’est d’une inégalable puissance. La photographie de Sean Bobbitt est sublime et offre une image exceptionnel surtout dans les scènes nocturnes où l’ambiance est étouffante à souhait, il vient encore prouver qu’il est un des directeur photo indispensables, il reste malheureusement trop peu demandé. Hans Zimmer vient avec une partition grandiose et à la fois posée, elle rivalise avec ses plus grandes composition, ça fait longtemps qu’il nous avait pas autant régalé.

La seule déception que l’on aura pour 12 Years A Slave c’est qu’il aura fallu attendre aussi longtemps pour l’avoir (merci Mr. Obama). Le film de Steve McQueen est l’exemple parfait du film qui a tout pour faire l’unanimité. 12 Years A Slave n’est pas un chef-d’œuvre, mais un grand film et c’est déjà pas mal, McQueen allie à la perfection scènes choc et réflexion avec la même efficacité. Ici il n’y a pas de mélodrames ou de tire-larmes exaspérant, c’est de l’émotion à l’état brut et on est autant saisi par un choc émotionnel, mais aussi historique où on épargne personne.

Il y a une scène très courte, mais très importante et très maligne où le personnage incarné par Benedict Cumberbatch offre un violon au personnage principal incarné par Chiwetel Ejiofor après que celui-ci est réussi un travail qui va rapporter de l’argent à son « Maître » et ça reflète très bien la mentalité de l’époque et l’absurdité de l’esclavage, car avec un naturel bouleversant le personnage principal dit à la réception de son violon : « Merci Monsieur, mais c’est trop. » et sur ce le personnage de Cumberbatch répond « Mais non voyons, vous le méritez et nous espérons bien que vous nous égaierez longtemps avec. » et désorienté le personnage de principal retourne vers son cabanon. En à peine deux minutes, McQueen parvient à capter tout le désespoir et l’incompréhension d’un monde face à un contexte des plus horribles.

12 Years A Slave de Steve McQueen: 4/5

(sortie le 22/01/2014)

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Filed under Janvier 2014

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