LA VOLEUSE DE LIVRES – Et après ?

Écrit par Quentin Didier

Sur le papier (c’est le cas de le dire), « The Book Thief » avait de quoi nous vendre du rêve. Nous nous attendions à le dévorer avec autant de plaisirs qu’un gros mastodonte du haut de ses deux heures passées (certes, deux heures et dix minutes,  c’est pas la mer à boire vous allez me dire, mais des fois comme ici, ça peut le devenir!). Malheureusement, le résultat s’avère particulièrement décevant, nous amenant même, pauvres téléspectateurs dépouillés que nous sommes à  nous demander s’il  n’aurait peut-être pas fallu lire le film entre les lignes pour en comprendre vraiment l’intérêt. Parce que des films sur la Seconde Guerre mondiale, il y en a à la pelle, à la pioche et tout ce que vous voulez d’autres! Choisir d’adapter un roman de Markus Zusak sorti en 2005 et traitant de la guerre de 39/45 aurait dû présenter un minimum d’originalité, ici ce n’est pas le cas. Les puristes vont diront que le point de vue abordé change quand même, que l’on se retrouve plongé en pleine Allemagne nazis comme le personnage de Liesel complètement désarmé… mais à quoi bon insister là-dessus puisque tout est tellement gentillet que l’on se prendrait à regarder un épisode de « Plus Belle La Vie »…

Résumé (source AlloCiné) : 

L’histoire de Liesel, une jeune fille envoyée dans sa famille d’adoption allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle apprend à lire avec le soutien de sa nouvelle famille, et de Max, un réfugié Juif qu’ils cachent sous leurs escaliers. Pour Liesel et Max, le pouvoir des mots ainsi que leur propre imagination vont devenir leur seule échappatoire face à la guerre.

Utopiste, je croyais vraiment en ce projet. Mais force est de constater une nouvelle fois qu’en ayant toutes les armes en main, on peut perdre la guerre! Ainsi à la réalisation c’est Brian Percival, qui n’est autre que l’un des réalisateurs (du pilote notamment) de « Downton Abbey » et qui fut récompensé en 2011 pour son travail. À la composition, John Williams (le « milou » de Spielberg) aurait du lui aussi nous mener à la baguette! Et que dire du casting, Emily Watson et Geoffrey Rush auraient dû avoir de la bouteille (vague allusion à l’une dans « Les Cendres D’Angela » et à l’autre dans « Warrior’s Way »). Le tout mis ensemble, ça nous donne forcément une Bande Annonce qui  nous prend à rêver. Mais comme le dirait Calogero… « on peut rêver… » mais surtout « … se réveiller ». Et qu’y a-t-il après le rêve… et bien la désolation…

La Voleuse de livres : Affiche

On le sait, les Anglais sont des crèmes, et à ce titre Brian Percival ne déroge pas à la reine…enfin à la règle, en nous offrant une magnifique première minute de film. Le train, symbole du voyage, fera écarquiller les yeux des gourmands d’ « Harry Potter » ou de « Narnia » et la somptueuse voix off, métaphore de la mort (pour le coup c’est original) nous feront immédiatement embarquer dedans. Après, c’est l’erreur d’aiguillage, plus d’essence, mauvais itinéraire, grève ou qu’en sais-je, le film n’avance plus, pire, il devient presque un téléfilm (sacrilège ultime!)… nul doute que Brian Percival ne peut échapper à ses premiers amours * !

Le décor semble être en carton et on ne peut vraiment pas s’enlever de la tête que l’on est en studio. Contrairement aux avions ennemis, le film est loin de décoller. Malgré la pluralité d’intrigues, le film semble interminable tant il traite de tout et n’importe quoi sans jamais rentrer dans le vif du sujet. Alors que vues indépendamment, les histoires sont vraiment bonnes…dommage! Une fille se retrouve dans un village Nazi dont elle n’en éprouve pas du tout les convictions (dix minutes à tout casser). Un jeune Juif se fait héberger illégalement dans leur maison (une heure mais c’est tellement inintéressant). Une histoire d’amour pré-adolescent impossible à cause des secrets de la guerre (« Twilight » fait mieux c’est pour dire!). Être appelé aux fronts malgré sa volonté (3 secondes chrono). Etre loin du front mais pas loin des menaces de bombardements (quelques scènes, mais aucun fil conducteur… mais où est passé le chauffeur!!!!).

Et puis comme ci cela ne suffisait pas, la réalisation de Brian Percival est d’une platitude inégalable. Inutile de se demander pourquoi le film n’a été distribué que dans deux cents salles même avec la méga réduction des moins de 14 ans. C’est simple, ils se seraient juste endormi devant et il n’y a pas grand-chose d’instructif là-dedans! Deux choses absentes ici. Premièrement la tension. La guerre n’aura jamais été aussi gentille, vraiment je pense que Casimir et les Bisounours doivent habiter juste à côté! La scène de la visite de la cave doit atteindre 10% de tension, la scène du sol pendant les bombardements fait exploser le compteur en frôlant avec les 20% (attention à la surchauffe!). Et deuxièmement, ce qui manque, c’est clairement de la poésie. En plus l’imaginaire, l’évasion… devraient être là puisque la littérature est au cœur de l’intrigue! Le film reste très terre à terre c’est vraiment dommage. On se demande finalement quel est le rôle de l’apprentissage de la lecture pendant tout le film! Ça nous apporte quoi à la finale? Nous offrir un semblant d’émotion pendant le deuxième bombardement (c’est raté!), accentuer la relation entre Liesel et le Juif au travers des lectures qu’elle lui fait (c’est raté aussi!), mettre notre héroïne en danger parce qu’elle va voler des livres chez le bourgmestre (c’est encore raté!). On retrouve vraiment cette idée de « je lance des choses sans les aboutir! ». Pour faire un lien sur la tension et la poésie, je citerais bien sûr la B.O. de John Williams qui ni dans un cas ni dans l’autre ne nous procurera la moindre émotion.

Mais souvenez-vous, Brian Percival est une crème ! Alors comme toutes crèmes anglaises qui se respectent, on finit bien les choses en nous offrant une magnifique dernière minute de toute beauté (c’était pas trop tôt!).

Je ne sais pas pourquoi mais durant le film je n’ai cessé de faire des parallèles (fallait bien que je m’occupe!) avec un autre film « Et Après (afterlife) » adapté d’un roman du même nom de Guillaume Musso. Est-ce l’idée de l’homme qui voit la mort? Les musiques parfois qui se confondent? Ou tout simplement les mêmes défauts… film poétique qui n’en a que le nom et dont la lenteur lui fait son renom! Privilégier quand même le film de 2007 qui, non seulement doté d’une très belle B.O., vous poussera à beaucoup plus de réflexion. Je ne parlerais même pas de la différence de cast tant les acteurs de « La Voleuse De Livres » semble largement en dessous. Mais où est passé la Emily Waston qui avait magistralement débuté sa carrière dans « Breaking The Waves » de Lars Von Trier? Pourquoi nous avoir collé Ben Schnetzer dans un rôle fort qui visiblement lui pesé trop sur les épaules. Et pourquoi tant de gnangnan dans le jeu de Sophie Nélisse?

Pour résumer « La Voleuse De Livres » je vous dirais simplement « Et après ? ». On voit le film… et après ? Qu’est ce qu’on en retient?… Ben pas grand-chose…

*On peut faire un parallèle amusant avec la saison 2 de « Dowton Abbey » où la guerre (la première cette fois-ci) est l’élément central. Les hommes partis au front n’ont qu’une envie, c’est de rentrer à Downton !

La Voleuse de livres : Affiche

LA VOLEUSE DE LIVRES (2/5) – Réalisé par Brian Percival – Sortie le 5 Février 2014

Advertisements

Un commentaire

Filed under Février 2014

One response to “LA VOLEUSE DE LIVRES – Et après ?

  1. Kev44600

    Je suis pas complètement d’accord avec toi, puisque j’ai trouvé le film assez bien écrit, surtout concernant le personnage principal qui est touchant et superbement interprété par Sophie Nélisse.

Un avis? Une critique? C'est ici, n'hésitez pas!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

You are commenting using your Google+ account. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s