Nebraska

Écrit par Werner Dejaeghere

Nebraska c’est avec American Bluff l’autre grand perdant des Oscars 2014, mais et alors!? Nebraska est très loin d’être un film à « Oscar » et sa sélection à la dernière édition du Festival de Cannes en est la preuve, il était en compétition et a même vu Bruce Dern recevoir le « Prix d’Interprétation masculine » alors que tout le monde s’accordait à dire que le film était plutôt mauvais lors de sa projection, son arrivé vient confirmer qu’il ne faut jamais (fin si parfois quand même un peu) écouter la critique lors de leurs passage à Cannes (la fatigue!). On avait découvert Alexander Payne avec Sideways, mais c’est surtout avec The Descendants où il venait nous faire rire autant qu’il nous faisait pleurer que le bonhomme c’est révélé au grand public. Avec son sixième film Payne nous ressort une comédie dramatique, mais ici la mélancolie est le vecteur émotionnel principal. Nebraska est un road-movie profondément triste, mais aussi terriblement beau.

Synopsis:

Un vieil homme, persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance, cherche à rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain, à pied puisqu’il ne peut plus conduire. Un de ses deux fils se décide finalement à emmener son père en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. Pendant le voyage, le vieillard se blesse et l’équipée fait une étape forcée dans une petite ville perdue du Nebraska qui s’avère être le lieu où le père a grandi. C’est ici que tout dérape. Rassurez-vous, c’est une comédie !

(Source: AlloCiné)

Alexander Payne distille une profonde mélancolie à son récit et pourrait faire paraître Nebraska pour un film dépressif, mais c’est là toute sa force il allie avec grand talent comédie et drame dans un road-movie qui se révèle dans son ensemble être un fell-good movie et oui Nebraska et complexe dans son genre, mais c’est surtout car le film ressemble beaucoup à ses personnages, des personnages solitaires, cassés, mais terriblement humain. Ici le non-dit est maître et durant 1H55 on embarque avec un père et un fils qui sur la route apprendront à se connaître, mais aussi à se connaître. Nebraska est donc un concentré d’émotion, mais Payne nous épargne toutes scènes dramatique mielleuse et larmoyante, il vient nous émouvoir avec des jeux de regard et des mots qui disent bien plus que de longue plage de dialogues criarde et vaine. Si Nebraska souffre au départ d’un rythme un peu lent cela devient vite un de ses atouts, car il nous permets d’admirer tout ce qui s’y passe.

Nebraska : Affiche

Le scénario est un petit bijou d’écriture, un modèle de simplicité où se mêle douceur et mélancolie. Certes on a l’impression d’avoir vu le film 100X, mais le scénario est d’une tel humanité qu’il se démarque de tout ses comparses. Les personnages sont hyper-attachants et écrits à la perfection, à la recherche de leurs rêves et à la découverte de leurs souvenirs, ils viennent nous montrer que malgré les difficultés on peut toujours compter sur ses proches et que le principal c’est bel et bien l’amour (j’assume cette phrase en mode Facebook style) Les dialogues vont toujours à l’essentiels et c’est aussi cette économie des mots qui les rends si savoureux et si juste.

Le casting porte tout le film, si tout fonctionne c’est surtout grâce à des acteurs solides et qui savent faire passer les émotions avec un naturel désarmant. Bruce Dern est absolument parfait en papy sénile, son interprétation a bien méritée son prix à Cannes, Will Forte est une surprise, on le voyait peu et que dans des comédies souvent ratée, mais il mérite désormais toutes notre attention grâce à une interprétation toutes en intériorité, June Squibb est excellente en mamie casse couilles, toutes en nuances, Bob Odenkirk est très bon en frère désabusé et Stacy Keach est toujours juste en ami pas si gentil que ça.

La mise en scène est parfois un peu maladroite et c’est bien dommage, mais Payne signe une réalisation des plus simples et souvent très bonne. Il n’y a pas mille idées à la minute, mais c’est filmé avec grande douceur et c’est en fait en parfaite adéquation avec le film. Le noir et blanc peut paraître arty-ficiel, mais il est d’une tel beauté et rappel tellement le temps perdu qu’il finit par être indispensable. Phedon Papamichael signe une photographie N&B splendide et classe à souhait, peut-être même un peu trop. Mark Orton offre une B.O. très difficile à aborder, car il y a cette simplicité qui souligne la route à la perfection, mais qui ne fonctionne pas dans les scènes dramatiques. La musique est certes très belle, mais pas très adaptée.

Nebraska est une ode à la liberté, la liberté d’aimer et de partager un film profondément humain où les relations filiales compliquées sont montrées à travers des portraits dressés avec une constante justesse, Payne ne se perd jamais dans les méandres du cœur. Parfois cruel Nebraska arrive à désamorcer son côté dépressif par des dialogues bien pensés et très amusant où les bons mots fusent. Au-delà de son sujet, Payne nous montre à voir une Amérique ordinaire et touchée par la crise qui essaye de se reconstruire et sur ce terrain qui même si il n’est beaucoup exploité c’est très juste, ça brosse un peu dans le sens du poil, mais jamais ça ne sonne creux. Nebraska ou comment donner une leçon à des films qui en 2H sont plus vain que 10 minutes dans un feel-good movie! (je ne vise pas du tout Les Brasiers De La Colère!).

Nebraska est tranquillement émouvant, car il prend le temps de se dévoiler, mais aussi de montrer sa tragique ironie à travers des situations cocasses certes mais pas sans une certaine profondeur de ton. Alexander Payne vient signer un film très aboutie au niveau de ce qu’il propose sans jamais dans le pathos où la caricature, même si Nebraska est très gentil et va dans des chemins balisés il arrive à nous surprendre en proposant des chose on moment où ne s’y attends le moins. Avec une totale bienveillance et une grande douceur dans le regard qu’il porte Payne nous fais quasiment instantanément adhérer à son film qui ressemble à un cousin des Coen’s, on pourrait regarder Nebraska des heures sans se lasser, car même quand il ne raconte rien il se laisse regarder. Un film à la magnifique nonchalance.

Nebraska de Alexander Payne: 4/5

(sortie le 02/04/2014)

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Filed under Avril 2014

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