[BONUS] Analyse de Mulholland Drive

Écrit par Grégory Darribere et Werner Dejaeghere

On vous en parlait dans le numéro de la rubrique « Les coups de <3… » de  mars (ICI), nous avions un invité qui n’avait pas pu finir sa critique à temps et donc c’est rattrapé en faisant un travail plus important encore qu’une simple critique…analyser le classique de David Lynch le mystérieux Mulholland Drive. Cet invité n’est autre que notre cher ami, Gregory Darribere a.k.a. GreCory qui est chroniqueur sur la radio Radio Pulsar dans la très bonne émission Tea Time Ciné qui décrypte chaque dimanche de 19H à 20H l’actualité cinéma sans langue de bois (leur site est ICI). On l’avait invité dans le numéro d’avril de « Les coups de <3… » (ICI) et le bonhomme nous a livré un si bon travail qu’on lui offre un article à lui tout seul… (à noter aussi que GreCory fait des Podcasts sur YouTube ICI)

Mulholland Drive : Affiche David Lynch, Laura Elena Harring, Naomi Watts

Mulholland Drive, un film de David Lynch avec Naomi Watts et Laura Harris. Un film qui a beaucoup marqué les esprits de part sa complexité mais aussi de part sa mise en scène et la direction de ses actrices. Là où certaines personnes voient le film comme une critique du rêve hollywoodien, j’ai pris l’oeuvre comme une authentique analyse des rêves qui, inconsciemment, réflètent la réalité, cette réalité du chagrin d’amour et du déclin psychologique qui en résulte. Car, dans ce film, la complexité à comprendre l’œuvre s’explique par le rêve que fait Diane.

Il faut savoir que les rêves sont le miroir caché de la vérité. Théoriquement freudien, le rêve se rapprocherait de l’inconscient. Dans cet inconscient, nous avons le « ça » qui est une réserve pulsionnelle que l’on refoule grâce au « surmoi » qui définit les interdits culturels qui émanent de notre éducation (comme le meurtre, l’inceste..) et le « moi » va réguler ces 2 caractéristiques de l’inconscient en quelque chose de conscient qui est notre personnalité. Dans les rêves, les images, les situations que l’on rêve proviennent de cet inconscient, de ces pulsions que l’on refoule et qui se « libèrent » grâce au fait que le moi ne régule pas le conflit entre le ça et le surmoi. Le rêve va être donc une sorte de purgatoire à ces pulsions que le moi tente de retenir.

David Lynch réussit, à travers ce film, à transcrire l’importance des rêves pour une personne. Et, de peur de me faire Lyncher, je vais vous expliquer en quoi Mulholland Drive est un chef d’œuvre du cinéma ainsi qu’un véritable film d’amour passionnel.

Mulholland Drive : Photo David Lynch

Dans les rêves, il faut savoir qu’il y a le contenu manifeste et le contenu latent. Le contenu manifeste est l’image dont vous vous souvenez et le contenu latent est en fait le réel message de cette image. Généralement, les rêves reflètent une part de la réalité que nous avons vécu. Pour être concret, souvenez-vous de la scène (nous sommes dans le rêve de Diane) lorsqu’Adam trouve sa femme au lit avec l’homme qu’il a engagé pour s’occuper de sa piscine. Ce dernier va le frapper car Adam agresse physiquement sa femme. Ce que je viens de vous décrire est le contenu manifeste, ce dont on se souvient, les images que l’on reçoit. La signification de cette scène se cache, en réalité, dans la scène où Diane est invitée à un dîner chez Adam. Elle apprend que Camilla, la femme qu’elle aime, la trompe avec Adam. De plus, celui-ci parle très rapidement de l’homme qu’il a engagé pour nettoyer sa piscine. Tout ce que va dire Adam sera retenu par Diane. Le contenu latent de cette partie du rêve nous révèle que Diane se met à la place de cet homme qui va tromper la femme d’Adam (donc en réalité Camilla) et que, pour se venger, le frappe d’un coup de poing. Si vous avez compris l’exemple que j’ai pris, vous pouvez comprendre alors tous les éléments latents du rêve qui découle de la réalité.

Alors pourquoi le titre Mulholland Drive ? Ce titre est significateur du déclin psychologique de Diane. C’est à Mulholland Drive qu’elle va vivre la scène qui va la traumatiser et qui va lui faire faire ce rêve. Elle va subir toutes les humiliations qu’Adam et Camilla lui feront. Elle va donc refouler ces évènements désagréables. Vient ensuite le moment où elle planifie le meurtre de Camilla, qui est quelque chose d’éprouvant pour elle car c’est la femme qu’elle aime. Et qu’elle va aussi refouler. C’est donc dans son rêve qu’elle va pouvoir, inconsciemment, libérer toutes ces pulsions meurtrières, toutes ces frustrations depuis la soirée qui vont se déguiser dans son rêve à travers plein d’éléments. Et notamment, cette fameuse clé bleue qui a une signification importante, c’est la preuve que Camilla a été assassinée par l’homme que Diane a engagé.

Pour bien vous faire comprendre que de nombreuses interrogations du rêve trouvent leurs réponses dans la réalité, intéressons-nous à l’agenda du tueur. Lorsque Diane prévoit avec l’homme le meurtre de Camilla, Diane est troublée par l’agenda du tueur. On retrouve cet agenda au début du film (donc du rêve) lorsque le tueur exécute l’homme assis sur la chaise et qui va prendre cet agenda, sans nous montrer son contenu. Nous ne savons alors rien de cet agenda et nous restons donc intrigués par son contenu et c’est ce que l’inconscient de Diane retranscrit dans son rêve, ce désir de savoir ce qu’il y a à l’intérieur.

Mulholland Drive : Photo David Lynch, Laura Elena Harring, Naomi Watts

Si vous regardez bien tous les éléments du film, si vous écoutez bien tous les dialogues du film, vous pourrez alors déceler des informations qui vous auraient échappées. C’est pour cela que Mulholland Drive est si complexe, si difficile à comprendre, si difficile à saisir le sens de chaque détail qu’on nous montre.

Mulholland Drive est un film sur les conséquences psychologiques d’une rupture amoureuse, d’une humiliation vécue. Cela va plus loin que le rêve Hollywoodien de Diane, c’est son obsession de Camilla, la femme qui l’a trompée, humiliée, déçue. C’est à travers son rêve et ses contenus latents que Diane nous fait comprendre son chagrin mais aussi la culpabilité d’avoir assassiné la femme qu’elle aime. Culpabilité, jusqu’à s’en donner la mort. Lorsque Betty (Diane dans le rêve) et Rita (Camilla dans le rêve) trouvent Diane Selwyn morte, c’est en réalité, la future mort de Diane. Un rêve prémonitoire. Cela montre à quel point Diane culpabilise d’avoir accepté et commandité l’assassinat de Camilla, au point de devenir paranoïaque lorsqu’elle parle à Camilla dans sa cuisine alors qu’elle est morte.

David Lynch a su parfaitement manipuler ce qui fait l’essence même d’un rêve, le contenu manifeste et le contenu latent pour servir une histoire de vengeance amoureuse, de rupture humiliante et d’une relation frustrante. Son œuvre mérite d’être vue et revue pour ne pas rater un seul de ces détails.

Mulholland Drive de David Lynch ressemble à une tragédie Shakespearienne, une sorte de Juliette et Juliette hollywoodienne.

Mulholland Drive : Photo David Lynch, Naomi Watts

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