Léviathan

Écrit par Werner Dejaeghere

Léviathan présenté en compétition au dernier Festival de Cannes et reparti avec un Prix du Scénario dans les bagages qui est au final très peu justifié, pas que le film de Andreï Zviaguintsev est mauvais, c’est même tout le contraire, mais il y a tellement plus à garder du film que son scénario. Léviathan c’est le fascinant portrait d’une Russie aussi perdue que le bled dans lequel le film se déroule, Zviaguintsev à la manière de Jia Zhang-ke et son A Touch Of Sin (aussi Prix du Scénario à Cannes en 2013) dresse un constat amer de son pays au travers de ceux qui n’ont pas la parole face à ceux qui ne l’ont que trop. Le réalisateur ne se fixe aucune limite dans ce qu’il montre.

Synopsis :

Kolia habite une petite ville au bord de la mer de Barents, au nord de la Russie. Il tient un garage qui jouxte la maison où il vit avec sa jeune femme Lylia et son fils Roma qu’il a eu d’un précédent mariage.
Vadim Cheleviat, le Maire de la ville, souhaite s’approprier le terrain de Kolia, sa maison et son garage. Il a des projets. Il tente d’abord de l’acheter mais Kolia ne peut pas supporter l’idée de perdre tout ce qu’il possède, non seulement le terrain mais aussi la beauté qui l’entoure depuis sa naissance. Alors Vadim Cheleviat devient plus agressif…

(Source: AlloCiné)

Léviathan est en plus d’être particulièrement utile, car il dénonce et montre ce qu’on ne voit pas et a donc une réelle résonance sociale, mais Andreï Zviaguintsev nous livre aussi 2H13 de très grand cinéma d’une force extraordinaire. Je disais plus haut que le Prix du Scénario que le film c’est vu décerné n’était pas vraiment justifié étant donné que son histoire est en soit très classique, car si on regarde le film sans conscience, ce n’est qu’un banal thriller politique (très bien mené par ailleurs), mais Léviathan est avant tout un film social qui parle d’une Russie gangrenée par un Pouvoir destructeur et une Religion oppressante où les premières victimes sont ses habitants. Zviaguintsev livre un film pessimiste, étonnamment effrayant, mais surtout très réaliste.

Le scénario est classique dans sa narration, mais tout en profondeur dans son propos. Dans les deux cas le film est mené d’une main de maître entre suspens haletant et drame humain. Les personnages sont saisissant d’humanité, mais aussi très réaliste dans ce qu’il représente. On les adore ou on les déteste, ils ne laissent en tout cas pas indifférent. Les dialogues vont à l’essentiel et sonnent terriblement juste.

Léviathan c’est aussi un casting impeccable et joue avec un naturel saisissant. Chaque acteur reflète l’humanité du spectateur, chacun interprète avec les tripes, le casting est plein de caractères. Alexeï Serebriakov est effrayant de dualité entre amour et haine, Elena Liadova est une des actrices les plus belles que le cinéma nous est offert, Vladimir Vdovitchenkov est magnifique, Roman Madianov est immense dans cette figure du mal, Anne Oukolova est très bonne. On peut aussi parler de Alexeï Rozine et Sergueï Pokhodaev géniaux en flic à la ramasse.

La mise en scène est magistrale. Zviaguintsev allie à l’ampleur de son récit une technique impériale d’une immensité qui donne le vertige, aucune limite et tout en maîtrise. La photographie de Mikhaïl Krichman est sublime à en pleurer, on en prends plein les yeux dans des décors tout aussi beau que ça soit en intérieur ou en extérieur. Léviathan c’est un tableaux de maître permanent. Philip Glass signe une B.O. grandiose qui arrive en arrière pour ne pas encombrer le film d’envolée musicale gênante. La musique se place à parfaite distance.

Léviathan malgré tout ce qu’il incarne souffre de deux choses : tout d’abord ce réalisme que certes j’encense, mais qui s’avère être à force pesant voir éprouvant et forcément le film souffre de longueur par-ci par-là qui viennent entacher un récit incroyable. Andreï Zviaguintsev commence son film comme une fable et le finit comme un mythe où l’ombre du Mal guette en permanence dans un monde toujours à deux doigts d’imploser, Léviathan est à la fois très imaginaire et fortement réaliste car ce dont parle réellement le réalisateur car ancré dans un présent qui va au-delà de son contexte cinématographique, c’est la Russie mise à nue et jamais embellie.

En dressant un portrait dès plus réaliste, Zviaguintsev se montre très humain malgré la douleur qu’il vient ici capter avec troublante ironie. Léviathan est à la fois effrayant, mais aussi magnifique d’amour, quand les grands détruisent les petits par l’interaction des moyens, le film n’est qu’une histoire de cycle, le cycle d’un monde perdue dans le vice. Le réalisateur s’attaque à son pays dans un portrait vibrant qui durant 2H13 à donner à voir du très grand cinéma, mais aussi une critique immense. Citizen Kane de Orson Welles n’est jamais loin, mais là où Welles joué sur le mystère et sur le paraître, Andreï Zviaguintsev joue sur la symbolique constante pour mieux dénoncer les maux d’un pays prêt à imploser. Léviathan est immense.

Léviathan de Andreï Zviaguintsev : 3,5/5

(sortie le 24/09/2014)

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Filed under Septembre 2014

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